Une étude novatrice met en évidence des progrès mondiaux, mais fragiles, en matière de droits des filles
L'étude Vrais choix, vraies vies a suivi le quotidien de 142 filles sur une période de 18 ans

Le quotidien des filles à travers le monde s'est bel et bien amélioré au cours des deux dernières décennies, comme le montre une étude longitudinale unique menée par Plan International. Cependant, elle souligne aussi la fragilité des progrès accomplis et met en évidence certains points sensibles.
Un chiffre alarmant : 91 % des filles interrogées dans le cadre de cette étude ont été victimes de violences et de comportements inappropriés lorsqu’elles étaient jeunes, avant leurs 11 ans. 54 % des filles dans le monde ont été victimes d’abus ou de harcèlement en ligne. L’omniprésence et la normalisation de ces phénomènes affectent la confiance en soi des filles et limitent leur vie sociale.
L'étude Vrais choix, vraies vies, menée par Plan International, a suivi le quotidien de 142 filles sur une période de 18 ans, en accompagnant le même groupe de la naissance à l'âge adulte dans neuf pays. Le rapport final, qui vient d’être publié, documente leurs expériences et offre un aperçu de ce que vivent les filles qui grandissent au Bénin, au Brésil, au Cambodge, en République dominicaine, au Salvador, aux Philippines, au Togo, en Ouganda et au Vietnam. Il s’agit de la première et unique étude qualitative à avoir suivi un même groupe de filles sur une période aussi longue.
Progrès accomplis
L'étude montre de réels progrès en matière de droits des filles. Aujourd'hui, moins de filles se marient lorsqu'elles sont enfants par rapport à la génération précédente : parmi les filles interrogées pour l'étude, 13 % étaient mariées avant leurs 18 ans, alors que près de la moitié (46 %) de leurs mères l’étaient à cet âge.
Aujourd’hui, la plupart des filles dépassent le niveau d’éducation de leurs mères. 65 % d’entre elles ont terminé leurs études secondaires (ou étaient en bonne voie de le faire) et 9 % avaient déjà intégré l’université. Grâce à un meilleur accès à l’éducation, les filles osent rêver en grand pour leur avenir (professionnel).
Les filles étaient également mieux informées sur leur santé et indiquaient vouloir davantage d’informations sur les menstruations, la contraception et la santé sexuelle, même si le conseil omniprésent reste avant tout qu’elles feraient mieux de rester loin des garçons.
Stéréotypes de genre
Ce conseil (« Éloigne-toi des garçons si tu veux rester en sécurité ! ») conduit les filles non seulement à intérioriser ces stéréotypes de genre, mais aussi à se sentir coupables si elles en deviennent malgré tout des victimes.
Cette étude mondiale rejoint également les débats en cours actuellement chez nous. Le rapport montre ainsi clairement que les filles se voient confier dès leur plus jeune âge des tâches importantes au sein du foyer. En moyenne, les filles consacrent cinq heures et quinze minutes par jour à des tâches domestiques non rémunérées, à la cuisine, au ménage et à s’occuper de leurs frères et sœurs. Dès leur plus jeune âge, on leur confie des tâches que les garçons de leur famille n’ont pas à accomplir.
Dès leur plus jeune âge, elles en subissent les conséquences : en raison de ce « manque de temps », elles ont moins de temps à consacrer à l’éducation, au repos, au jeu ou à leurs ami·es.
Crise et conflit
En résumé : les progrès évidents qui ont été réalisés ne signifient en aucun cas que les filles ne sont plus accablées par des normes de genre d’un autre tempss
De plus, ces progrès sont très fragiles. Les filles font face à des obstacles de toutes parts. Des mouvements anti-droits émergents remettent en question leur droit à l’éducation, leur autonomie et leur participation, constituant ainsi une véritable menace pour leur liberté.
La crise climatique, elle aussi, annule en partie les progrès réalisés au cours des dernières décennies, avec des sécheresses, des inondations et des récoltes infructueuses qui plongent les familles encore plus profondément dans la pauvreté. Lorsque la nourriture se fait rare et que les revenus diminuent drastiquement, les filles manquent plus souvent l’école, assument encore plus de tâches ménagères et courent un risque accru de violence.
La force des filles
La moitié des filles ont rejeté ou remis en question les normes de genre. Dans l’ensemble des pays étudiés, 15 % des filles se sont, à un moment donné, opposées à la répartition traditionnelle des tâches domestiques ou ont refusé d’accomplir les tâches qui leur étaient imposées. Les filles plus âgées ont contesté les interprétations traditionnelles de la « féminité » et de la « masculinité ». Malgré la violence (sexuelle), les obstacles sociaux, l’impact de la crise climatique et bien d’autres difficultés, cette étude démontre la force des filles. Ce sont des jeunes qui savent à quoi le monde pourrait ressembler, qui ont la force de le concrétiser, si on leur en donne l’occasion.
« Plan International Belgique construit, avec des filles du monde entier, un avenir où chaque fille sera libre. Nous croyons, et cette étude le confirme, que les filles ont beaucoup à offrir. Elles ont la vision, les connaissances et la force nécessaires. Ce sont des normes de genre désuètes et des structures archaïques qui les empêchent de réaliser leur potentiel. Les gouvernements, les ONG et les communautés doivent systématiquement écouter les filles et les placer au centre des décisions qui façonnent leur vie. La montée en puissance des mouvements anti-droits menace les progrès pour lesquels les filles se sont battues si durement. Si nous n’agissons pas maintenant, nous risquons de décevoir toute une génération de filles », déclare Isabelle Verhaegen, directrice de Plan International Belgique.
Kerncijfers:
🔹 91 % des filles ont subi des violences avant l'âge de 11 ans
🔹 5 h 15 par jour sont consacrées à des tâches domestiques non rémunérées
🔹 65 % ont terminé leurs études secondaires
🔹 13 % ont été mariées à l'âge de 18 ans (contre 48 % de leurs mères)
🔹 54 % des filles et des jeunes femmes ont été victimes d'abus en ligne
À propos de cette étude
Vrais choix, vraies vies est une étude qualitative longitudinale menée par Plan International. Elle a suivi le quotidien de 142 filles au Bénin, au Brésil, au Cambodge, en République dominicaine, au Salvador, aux Philippines, au Togo, en Ouganda et au Vietnam, depuis leur naissance en 2006 jusqu’à leur 18e anniversaire en 2024. Chaque année, les chercheur·euses ont mené des entretiens approfondis avec les parents ou d’autres adultes s’occupant de l’enfant depuis sa naissance, ainsi qu’avec les filles elles-mêmes à partir de l’âge de cinq ans, en plus d’organiser des activités participatives et mener des enquêtes auprès des ménages.
Le rapport complet (en anglais) et un résumé plus court (en anglais, français ou espagnol) sont disponibles ici : https://plan-international.org/publications/real-choices-real-lives-final-report/
Pour en savoir plus sur les obstacles auxquels les filles sont confrontées :