Ukraine : une crise de santé mentale menace l’avenir des enfants
« Ces enfants ont perdu tout sentiment de sécurité de base »

Quatre ans après le début d'un conflit à grande échelle en Ukraine, Plan International tire la sonnette d’alarme : sans investissements continus dans les soins de santé mentale et le soutien psychosocial, toute une génération d'enfants en Ukraine risque de grandir avec des séquelles mentales durables. Cela aura un impact sur l'avenir du pays pour des décennies.
En résumé :
- Quatre années de conflit ont entraîné une grave crise de santé mentale chez les enfants en Ukraine.
- Plan International apporte notamment un soutien psychosocial via des espaces adaptés aux enfants et un accompagnement pour les parents. Grâce à 65 partenaires locaux et 87 projets, nous avons pu venir en aide à plus de 1,7 million de personnes.
- Sven Coppens, qui dirige les opérations dans la région, est disponible pour des interviews depuis Kiev sur l'impact sur les enfants et l'aide humanitaire.
En Ukraine, des enfants ont passé jusqu'à 5 000 heures sous terre pour se protéger des violences du conflit. Cela représente presque sept mois de leur jeune vie. Un·e enfant sur trois affirme désormais que les examens scolaires sont plus stressants que la sirène d'alerte aérienne, ce qui montre l'impact profond que leurs expériences ont eu sur ce qu’ils et elles considèrent comme « normal ».
« Tous·tes les enfants d'Ukraine vivent des expériences similaires : des nuits passées dans des abris anti-atomiques, des cours suivis à distance et des pannes d'électricité. Ces enfants ont perdu tout sentiment de sécurité de base », déclare le Belge Sven Coppens, directeur de la réponse humanitaire en Ukraine chez Plan International. « Les urgences humanitaires se mesurent généralement en semaines ou mois. Après quatre ans de conflit à grande échelle, cela est devenu une crise de longue durée. La réponse humanitaire vise désormais à prévenir des dommages irréversibles à toute une génération. »
De sérieux bouleversements
Beaucoup d'enfants ont dû fuir leur domicile à plusieurs reprises et s'éloigner de lieux familiers comme leur chambre, leur cour de récréation, leur salle de classe... Pendant longtemps, l'éducation s'est faite en ligne, ce qui signifiait que les enfants n'avaient plus d'environnement d'apprentissage sûr pour assister aux cours, mais aussi pour acquérir des compétences sociales et tisser de nouvelles amitiés.
Les enfants souffrent également de la séparation des membres de leur famille servant dans les forces armées. Un·e enfant sur trois a vu un·e proche ou membre de sa famille mourir ou être blessé·e durant le conflit.
« Cela a d'énormes conséquences pour la santé mentale des enfants », déplore Tetiana Zaiets, spécialiste de la protection chez Plan International en Ukraine. « Vivre avec une peur constante influence la façon dont ces enfants parlent, apprennent et interagissent avec les autres. Il ne s’agit pas seulement de 'stress', mais d'un bouleversement sévère aux conséquences durables. »
Les enfants, les adolescent·es et leurs parent·es
L'impact devient de plus en plus visible : anxiété persistante et cauchemars, agressivité accrue, retrait social ou encore graves problèmes de concentration. Les expert·es en santé mentale travaillant avec Plan International rapportent une augmentation alarmante des troubles de la mémoire et de la parole, en particulier chez les enfants vivant près des épicentres des frappes de drones et de missiles.
La crise impacte particulièrement les adolescent·es. Pendant leur passage délicat d’enfant à adulte, ils et elles ressentent une profonde anxiété quant à leur sécurité immédiate et leur avenir. En même temps, les possibilités de se constituer un cercle d'ami·es et partager leurs expériences sont limitées. Des normes de genre profondément enracinées rendent particulièrement difficile pour les garçons de parler ouvertement de leurs sentiments.
Si les besoins en santé mentale des enfants ne sont pas pris en compte, ils et elles risquent de grandir avec un stress profond et durable, de faire de mauvais résultats à l'école ou de développer des mécanismes d'adaptation négatifs comme la consommation d'alcool ou de drogues ou les comportements à risque.
Mais les enfants et les jeunes ne sont pas les seul·es à souffrir de pression mentale. C’est aussi le cas de leurs parent·es, enseignant·es et aidant·es... Il leur faut gérer le stress, l'épuisement et l'incertitude. « Et quand les aidant·es sont dépassé·es, les enfants le ressentent immédiatement », explique Sven Coppens. « D'un autre côté, lorsque les aidant·es reçoivent du soutien et font preuve de résilience, les enfants imitent cette résilience. C'est pourquoi nous avons fait de la santé mentale et du soutien psychosocial notre priorité. »
Retrouver un sentiment de normalité
En étroite collaboration avec des partenaires locaux, Plan International répond à la crise par des initiatives telles que des espaces adaptés aux enfants dans des abris anti-atomiques revisités. Les enfants peuvent y apprendre et jouer en toute sécurité, et retrouver un sentiment de normalité. Lors des séances de soutien, les parent·es et aidant·es apprennent comment mieux communiquer avec les enfants, gérer le stress et prévenir l'épuisement. Les parent·es remarquent les progrès : leurs enfants sont plus heureux·ses, plus confiant·es et parlent ouvertement, d’après leurs témoignages. Les espaces adaptés aux enfants permettent également aux parent·es de tisser des liens et créer des réseaux de soutien qui profitent à des familles et communautés entières.
Grâce à 65 partenaires locaux et 87 projets, Plan International a aidé plus de 1,7 million de personnes en Ukraine, en Pologne, en Roumanie et en Moldavie. Ces partenariats ont permis d'apporter une aide durable et soutenue localement.
Pour en savoir plus sur l'impact concret de Plan International en Ukraine et dans les pays voisins, consultez le rapport ’From Response to Resilience’.
Même si 10,8 millions de personnes ont actuellement besoin d'aide humanitaire en Ukraine, les restrictions budgétaires et la difficulté d'atteindre les personnes vivant près de la ligne de front font que seul un tiers (3,6 millions de personnes) peut actuellement être pris en charge.
« Si nous ne répondons pas à ces besoins dès maintenant, nous risquons de perdre toute une génération. Comment permettre aux jeunes de contribuer à la société si des cicatrices invisibles rendent leur vie quotidienne difficile ? », se demande Sven Coppens. « Nous appelons la communauté internationale à continuer de soutenir la réponse humanitaire en Ukraine et donner la priorité à l'investissement à long terme dans l'éducation, la santé mentale et les services psychosociaux. De cette manière, les enfants d’Ukraine pourront dire : 'le monde nous a soutenu·es et nous voilà guéri·es'. »