Les catastrophes climatiques augmentent le risque de violences sexistes et mariages d'enfants

Les catastrophes climatiques comme les inondations, la sécheresse et les vagues de chaleur extrêmes affaiblissent les systèmes qui protègent les filles et accroissent leur vulnérabilité face à la violence sexiste et aux mariages d'enfants. Voilà ce qui ressort d'une nouvelle étude mondiale menée par Plan International. La canicule de cet été et les catastrophes récentes soulignent l'urgence de la situation.

Le changement climatique déclenche une réaction en chaîne désastreuse. Dans de nombreuses régions,les risques d’inondations, de sécheresse, de cyclones, de tempêtes et de canicules augmentent. Ces phénomènes climatiques perturbent à leur tour l’éducation, obligent les familles à fuir, détruisent les moyens de subsistance et affaiblissent les systèmes de protection. Selon le nouveau rapport State of the World’s Girls 2026 – Change Her Forecast, ce sont les filles, qui ont déjà accès au moins d’opportunités et vivent dans la plus grande précarité, qui en subissent le plus durement les conséquences.

Ce rapport de recherche combine des analyses de données sanitaires et climatiques provenant de plus de 50 pays sur une période de trois décennies avec une enquête menée auprès de 5 000 filles et jeunes femmes, ainsi que des entretiens approfondis avec 139 filles au Bangladesh, au Kenya, au Pérou, au Sénégal et au Zimbabwe.

Les catastrophes naturelles aggravent les risques existants Lorsque les familles sont contraintes de quitter leur lieu de résidence en raison d’une sécheresse ou de déménager à la suite d’une inondation ou d’un feu de forêt, cela perturbe les systèmes sociaux, institutionnels et économiques dont elles font partie. Les jeunes filles interrogées dans le rapport ont décrit des centres d’accueil surpeuplés pour hommes et femmes, où l’obscurité, le manque d’intimité et les trajets peu sûrs vers les toilettes augmentaient le risque de harcèlement et violences sexuelles. Une participante du Bangladesh a raconté que, lors d’une précédente inondation, les jeunes filles craignaient qu’« il arrive quelque chose pendant que tout le monde dormait ».

Principales conclusions

  • Plus d’un quart des filles et jeunes femmes interrogées (28 %) ont constaté une recrudescence de la violence à l’égard des femmes et des filles à la suite d’événements liés au climat.
  • Près d’un quart (24 %) a indiqué que, dans leur communauté, les filles et les jeunes femmes avaient plus de mal à accéder aux services de prévention et d’aide contre les violences sexistes après une catastrophe climatique. 18,5 % ont déclaré en avoir fait l’expérience elles-mêmes.
  • Plus d’un tiers des filles et des jeunes femmes (36 %) ont constaté, à la suite d’événements liés au climat, une augmentation dans leur communauté du nombre de filles se mariant avant l’âge de 18 ans.
  • 60 % des personnes interrogées ont cité le besoin d’argent et de ressources des familles comme raison justifiant le mariage de leurs filles. 51 % ont indiqué que les familles souhaitaient s’assurer que les filles continuent d’avoir accès à la nourriture et aux besoins fondamentaux.
  • Parmi les personnes interrogées qui ont cité la sécheresse comme principal événement climatique, 60 % ont déclaré que davantage de filles se mariaient avant l’âge de 18 ans au sein de leur communauté.
  • 47 % ont cité les fermetures d’écoles et les interruptions de scolarité comme une cause majeure des mariages d’enfants.

Isabelle Verhaegen, directrice nationale de Plan International Belgique, déclare : « Les catastrophes ne sont pas à l’origine des inégalités de genre, mais elles les renforcent. Lorsque les familles perdent leur logement, leurs moyens de subsistance et leur accès aux services, les filles sont davantage exposées à la violence. Les filles doivent parfois parcourir de plus longues distances pour aller chercher de l’eau, de la nourriture ou du bois de chauffage, ce qui les expose davantage au harcèlement et à l’exploitation. Dans les centres d’accueil d’urgence, la surpopulation, le mauvais éclairage et le manque d’intimité peuvent rendre plus difficile la prévention et le signalement des violences. Et pour des familles désespérées, le mariage de leur fille peut sembler être sa seule chance d’avoir un avenir. »

« Mon père n’avait plus de bétail à vendre pour payer mes études. Voilà pourquoi j’ai accepté de me marier », explique Galgalo, une participante de 22 ans du Kenya.

Reena Ghelani, PDG de Plan International, déclare : « Nous savons ce qui met les filles en danger, et nous savons ce qui contribue à les protéger. Ce qui manque, ce n’est pas la preuve, mais l’urgence d’agir en conséquence. Les filles ne doivent plus être considérées comme une question secondaire dans la lutte contre le changement climatique. Elles doivent avoir une voix significative dans les décisions qui déterminent leur vie, et leurs droits et leurs besoins doivent être intégrés dès le départ dans les politiques et le financement liés au climat. »

Isabelle Verhaegen ajoute : « Les catastrophes climatiques ont des conséquences de plus en plus graves pour les filles. Ce n’est pas le moment de réduire les dépenses consacrées à la coopération au développement. Investir dans la solidarité internationale, c’est investir dans la sécurité, la protection et l’avenir des filles. Nous ne devons pas les abandonner au moment où elles ont le plus besoin de notre soutien. »

Plan International appelle les gouvernements à prendre des mesures concrètes, notamment :

  • Maintenir les écoles ouvertes, sûres et gratuites pendant les catastrophes climatiques
  • Intégrer la prévention et la lutte contre les violences sexistes dans chaque plan de gestion des catastrophes
  • Offrir une sécurité de subsistance, une aide alimentaire et une protection sociale aux familles touchées, afin de réduire la pression poussant à marier les filles de force.
  • Impliquer les filles issues de groupes minoritaires, les filles en situation de handicap, les filles déplacées et celles vivant dans des zones reculées dans les plans de gestion des catastrophes et de relèvement.

 

Téléchargez le rapport complet (en anglais) "State of the World’s Girls 2026 – Change Her Forecast" (in hetEngels)

PDF 10 MB
Isabelle Verhaegen, ddirectrice nationale de Plan International Belgique: « Les catastrophes ne sont pas à l’origine des inégalités de genre, mais elles les renforcent. »
Isabelle Verhaegen, ddirectrice nationale de Plan International Belgique: « Les catastrophes ne sont pas à l’origine des inégalités de genre, mais elles les renforcent. »

 

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